Duke Ellington

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The Duke Ellington Orchestra performs
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Maurice Chevalier et Duke Ellington Anniversaire des 70 ans de DE Alcazar Paris France 20 novembre 1969

Edward Kennedy « Duke » ELLINGTON
Pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre américain
(Washington, 29-04-1899 / New York, 24-05-1974)

voir aussi la chronologie détaillée, par Philippe Baudoin et Claude Carriere

Issu de la Petite bourgeoisie de couleur, Duke accomplit des études d’art décoratif (il fut lauréat d’un concours de la NAACP – National Association for the Advancement of Coloured People) avant de choisir de faire carrière dans la musique. Très tôt, il forme un groupe, The Duke Serenaders qui devient The Washingtonians. Ayant pris la tête de l’orchestre en 1924, il écrit le score de la revue Chocolate Kiddies et commence à se produire régulièrement dans le New England. En 1927, son orchestre managé par Irving Mills est choisi pour être celui du Cotton Club, jusqu’en 1931, ce qui ne l’empêche pas de jouer aussi au Palace, au Paramount, au Fulton (avec Maurice Chevalier) et d’aller en Californie ou il travaille pour le cinéma (Check and Double Check, 1930).

A partir de 1933, l’itinéraire d’Ellington est d’une richesse inouïe. Jusqu’à la veille de sa mort, inlassable, infatigable et animé d’un véritable esprit missionnaire, Ellington parcourt le monde, joue aussi bien dans les dancings populaires, les clubs huppés, les salles de concerts, les festivals, pour tous les publics, de toute race, étudiants, chefs d’Etat et amateurs de jazz.

1924-1939 Le style jungle. Ellington explore un univers sonore neuf où la raucité des cuivres, agressifs et vocalisés par l’usage exubérant de sourdines en caoutchouc (sourdines wa-wa) se marie à la douceur des anches sur un fond rythmique solidement charpenté. Surnommée style jungle (la jungle du ghetto de Harlem, Air Conditioned Jungle, mais aussi le rappel des origines africaines), cette façon originale et unique permet à Ellington de mettre en valeur un répertoire où le blues en tous tempos tient une place essentielle (The Mooche, 1928) aux côtés de mélodies subtiles et exotiques (Mood Indigo, 1930). Le Kentucky Club et le Cotton club sont le théâtre des grands exploits jungle où la musique accompagne des ballets et danses acrobatiques lors de stomps frénétiques (Cotton Club Stomp, 1929) . A l’intérieur de ce cadre, Duke sait intégrer des rythmes et colorations latino-américaines – Cuba et Porto Rico – pour agrandir son public et obtenir des succès commerciaux (Caravan, 1937). il est aussi un précurseur des formules concertantes permettant de mettre en valeur un soliste (Echoes Of Harlem, 1936). Autour du Duke, ses musiciens, tous de sa génération, sont en parfait accord avec ses ambitions.

1939-1944 La période Strayhorn. Devenu homme de confiance d’Ellington, le pianiste et arrangeur Billy Strayhorn, âgé de vingt-cinq ans en 1940 contribue à rajeunir la formule du grand orchestre Ellington, lui permettant ainsi de rivaliser avec les formations de l’ère swing (Goodman, Lunceford, Dorsey, Basie). Les sections instrumentales sont agrandies, l’usage du riff se développe, la rythmique est plus flexible (In A Mellow tone, 1940). De nouveaux solistes prennent la relève. L’orchestre et ses solistes deviennent une référence incontournable de la période Swing.

1944-1954 De l’exotisme à l’impressionnisme. Duke Ellington développe son répertoire. Il conserve certaines de ses pièces jungle et quelques succè des années 40, mais ajoute des oeuvres descriptives ou impressionnistes, souvent en des tempos nonchalants où se déploie un exotisme en demi-teintes vaporeuses et langoureuses. Il compose des suites concertantes de longue durée où il mêle tous ces ingrédients, à la recherche d’un monument cohérent dans lequel il exprimerait une conception globale du monde des émotions (Black Brown and Beige (1944), Perfume Suite (1945), Deep South Suite (1946), Liberian Suite (commandée par le gouvernement du Liberia, 1947), A Tone Parallel To Harlem (1951).

1955-1974 La mise à jour. A partir de 1955, Ellington est à la recherche d’une synthèse de ses travaux et de rencontres nouvelles. Il joue son oeuvre, joue avec elle, rejoue et ajoute, triomphe au Festival de Newport (1956). Il se fait de plus en plus entendre au piano, avec son orchestre mais aussi en d’autres contextes, notamment en trio. Parallèlement, il met en ouevre de nouvelles suites (Harlem Airshaft (1955), And His Mother Called Him Bill (à la mort de Strayhorn, 1967), Festival Suite (1956), A Drum is a woman (1956), Such Sweet Thunder (1957), Peer Gynt (de Grieg 1960), Casse-Noisette (de Tchaikovski, 1960), Musiques sacrées à partir de 1965, New Orleans Suite (1970), Goutelas Suite (1971), The Uwis Suite (1972).

L’art de Duke Ellington s’impose comme l’expression originale, accessible aux publics les plus divers, d’une négritude à la fois assumée et dépassée. Il prêche une communication universelle, sans abuser des chansonnettes ou des effets de virtuosité. Mêlant l’esprit du blues à l’invention orchestrale la plus raffinée, la musique du Duke Ellington, en référence constante à la culture afro-américaine, reste populaire tout en évitant les pièges de la mode. Duke Ellington est, avec Louis Armstrong, le plus important des créateurs du jazz, qui traduit sa pensée par l’intermédiaire des sonorités uniques des musiciens de son grand orchestre.

Source Le dictionnaire du jazz – Franck Ténot.