Music is my Mistress

music is my mistress - ed. Slatkine & Cie

408 pages – Prix : 25 €

ISBN : 978-2-88944-007-8

Le testament du Duke enfin disponible en français

Un an avant sa mort, Duke Ellington livre ses Mémoires. Un livre total où tout est dit, l’histoire d’une œuvre et les secrets d’une vie. Music Is My Mistress devient immédiatement un livre mythique. Vendu dans le monde entier, traduit dans toutes les langues du jazz, Music Is My Mistress était inexpliquablement indisponible en français.
Le voici enfin, tel que, monumental et exhaustif. Une bible, présentée par Claude Carrière, dont chaque verset a reçu l’imprimatur de La Maison du Duke.

En vente dans toutes les bonnes librairies et auprès de la Maison du Duke pour les adhérents.

contact@maisonduduke.com – Renseignements : Christian Bonnet – 06 19 89 17 84

La presse en parle

Le Figaro Magazine « D’abord on se pince, puis il faut bien admettre qu’on ne rêve pas : il existait donc des Mémoires de Duke Ellington jamais traduits en France […]. On sort de ce pavé rêveur, un peu jaloux aussi : quelle vie, quel génie… » – Nicolas Ungemuth.

TSF JAZZ « Un texte infiniment précieux, délibérément impressionniste, tout en élégance et en humanité comme l’était Duke Ellington; dans une préface inédite, Claude Carrière en compare la rédaction aux méthodes de composition du Duke, l’assemblage obéissant plus à une suite musicale qu’à un développement purement factuel… ».

RTL « Pour tous les amateurs de jazz, cette publication est un événement qui permet de pénétrer dans l’œuvre, l’existence et la conscience d’un des plus grands créateurs musicaux du XXème siècle. Ce livre est un voyage dans le temps et l’espace ».

Le Monde « On n’osait plus l’espérer. Parue dans son édition originale en 1973, soit un an avant la mort de Duke ­Ellington, ces mémoires vagabonds ­attendaient une version française. C’est chose faite, grâce à Slatkine & Cie, qui étrenne ainsi son catalogue, et à la Maison du Duke qui, en France, perpétue la mémoire vivante d’un des plus grands compositeurs américains du XXe siècle ».

Iconographie

La MDD a sélectionné pour le livre plus de 160 photos et documents en grande partie inédits, qui hélas n’ont pu être publiées pour raisons contractuelles internationales. Adhérents, consultez les photos ici.

Préface de Mercedes Ellington

Quelles que soient les raisons qui ont fait qu’il aura fallu patienter quarante-trois ans pour que la version française de MUSIC IS MY MISTRESS voie le jour, enfin nous y voilà !

Je pense que ce long oubli n’est pas volontaire, Paris et les Français étaient très chers au cœur de mon grand-père, et la réciproque s’appliquait certainement. D’ailleurs, il considérait la France comme une source d’inspiration pour l’image d’élégance qu’il se plaisait à représenter, comme un reflet de l’essence même de la musique américaine. Chacun de ses contacts avec l’hexagone le renforçait dans cette conviction.

Entre le rythme infernal de ses tournées et ses fréquentes séances d’enregistrement en studio, j’ignore comment il a pu trouver le temps de rassembler ses « mémoires ». Je suis certaine que le souvenir de son grand ami, arrangeur et collaborateur Billy Strayhorn, lui-même amateur averti de Paris et de la vie à la française (cf. les paroles de son Lush Life), a pu jouer un rôle déterminant dans sa décision d’écrire cette autobiographie.

Il convient également de rendre hommage à la détermination et à la patience de Stanley Dance, journaliste de jazz bien connu, écrivain, ami et fan de toujours, qui ont eu raison des dernières résistances d’Ellington et l’ont convaincu de l’importance d’accomplir cette mission.

A présent, grâce à cette édition française fort opportune, l’ensemble des amateurs toutes générations confondues va pouvoir prendre conscience de la consistance inaltérable de ce lien ducal tissé avec la France à travers le temps. On notera que je parle de lui en l’appelant « Ellington » ; en fait nous avons eu une discussion à ce sujet. Duke Ellington n’aimait pas beaucoup les étiquettes et évitait les questions relatives à son âge, aussi avait-il décidé que je l’appellerais «oncle Edward », et que lui, en retour, m’appellerait « tante Mercedes ».

Après mes études secondaires, j’avais décidé de me lancer dans le monde de la danse, en me spécialisant dans le ballet. Mais à cette époque ce n’était pas vraiment une voie facile à suivre par les gens de couleur et puis l’oncle Eward avait d’autres projets pour moi : il tenait à ce que j’intègre la Juilliard School Of Music, où il avait envoyé beaucoup de ses arrangeurs-collaborateurs (Billy Strayhorn, Quincy Jones, Luther Henderson) afin d’y parfaire leur technique musicale. Evidemment je me suis exécutée, mais à contrecœur (à contrecœur car je pensais que la carrière d’une danseuse ou d’un athlète était relativement courte et qu’il n’y avait pas vraiment de « temps à perdre » quand il s’agissait de dresser son corps aux exigences physiques requises par cette discipline). J’ai donc intégré Juilliard et accompli en quatre ans mon cursus de cinq ans, grâce à des cours d’été à la Temple University de Philadelphie.

Oncle Edward était content lorsque j’ai obtenu mon diplôme de Bachelor of Science Degree in Dance, ça a aussi été l’occasion pour lui de me prodiguer des conseils supplémentaires pour ma carrière. Pour lui, si j’avais vraiment l’intention de m’investir dans la danse, le seul endroit où je pourrais vraiment avoir ma chance dans cette spécialité était l’Europe – et particulièrement Paris -, et il citait sa chère amie Joséphine Baker comme modèle.

Le rythme des tournées que s’imposait Ellington était intense, mais c’était une façon d’affûter en continu le talent de ses musiciens, et aussi d’optimiser les rapports entre son style d’écriture et les riches personnalités musicales des solistes qui constituaient son orchestre, pour atteindre un niveau d’exigence maximum lors des prestations. D’une certaine façon, l’orchestre était devenu son instrument.

Au cas où une période de repos se présentait entre deux engagements et que la plupart de ses hommes restait en ville, il les emmenait au studio – quelquefois à la descente du bus après une affaire – pour enregistrer des compositions ou des canevas de compositions qu’il avait conçus pendant la tournée qu’il venait de terminer. Souvent sa musique ne prenait sa forme définitive sous sa plume que pendant la séance d’enregistrement. Il avait la manie infernale d’utiliser des fragments de musique griffonnés sur des bouts de papier, des poignets de chemise, des menus de restaurant ou des morceaux de nappes en papier…

C’est pourquoi on peut comprendre que la tâche consistant à écrire son autobiographie n’était pas vraiment au centre de ses priorités, et que Stanley Dance a eu toutes les peines du monde à l’arracher à sa charge d’occupations et à lui faire rassembler ses souvenirs et concentrer son esprit sur ce projet de livre. Autre obstacle, le caractère superstitieux du maestro qui était persuadé que raconter l’histoire de sa vie vouait son auteur à une fin rapide…

Faisant le choix de l’apaisement (même dans les situations délicates), Ellington parle en termes généralement positifs de ses musiciens, de ses amis et, plus brièvement, de sa famille, ce qui laisse à penser que par certains côtés on ne fait qu’effleurer le vif du sujet de sa vie.

Quant à Stanley Dance, on ne soulignera jamais assez l’importance de son rôle. Dès qu’Ellington s’éloignait, il lui emboîtait le pas, le pressant pour recueillir des informations. Il mettait tout ça en forme et sa présence auprès de Duke était comme un rappel permanent à ses obligations littéraires. On peut dire que tout au long de cette collaboration particulière, Ellington aura traité Stanley Dance comme l’un de ses musiciens (bien qu’il ne l’ait pas fait entrer à Juilliard !), lui parlant de sa musique avec ses mots à lui, qui traduisaient ses sentiments envers celle qu’il appelait sa maîtresse…

Mercedes Ellington, petite fille de Duke Ellington (traduit par Christian Bonnet)